A la veille de l’élection présidentielle 2017, l’ancienne secrétaire d'État en charge du Numérique et de l'Innovation, Axelle Lemaire, a dressé « son » propre bilan de la FRENCH TECH. Son constat est le suivant : "Par définition, on ne peut jamais être satisfait d’une situation. On peut toujours faire mieux. Ce qui me frappe vraiment, c’est la réalité, l’enthousiasme entre les start-ups et les politiques publiques". Lors de cet exercice les 5 grands chantiers initiés en 2014 par Fleur Pellerin ont été détaillés. L’énergie déployée par l’état semble à la hauteur des ambitions affichées au lancement de la FRENCH TECH :

 

La labellisation des métropoles French Tech

La création et la fédération d’un réseau d’écosystèmes d’innovation ont démarré avec une première vague de 9 labellisations en novembre 2014.Le nombre d’incubation et d’accélération de start-up sur l’ensemble du territoire est impressionnant ! Les pouvoirs publics locaux, les régions et les métropoles sont mobilisées ainsi que les chambres de commerce et d’industrie. En parrallèle à ces réseaux, il y a des financements, de la part des collectivités locales et également du secteur privé.

 

Le French Tech Pass

Ce dispositif est destiné aux 50 meilleures start-ups à plus forte croissance. Elles ont un accompagnement dédié dans leur expansion.

 

Les bourses French Tech

Des financements d’amorçage pour des centaines de start-up. La banque publique d’investissement « BPI » a créé un fonds dédié : « le French Tech Accélération » avec 200 millions d’euros de fonds " de dotation.

 

Les French Tech Tickets

"Des programmes migratoires pour attirer les meilleurs talents étrangers. La France compte accueillir 200 entrepreneurs en janvier 2018 à Bercy, cela sera la nouvelle promotion des French Tech Tickets. Ces personnes seront accueillies dans toutes les métropoles French Tech qui sont dans le programme et souhaitent attirer des créateurs d’entreprises étrangers"

 

« Un visa pour le créateur d’entreprise et sa famille, un accompagnement administratif dédié, y compris pour des questions hors business comme la scolarisation des enfants, le logement. Il y a aussi un financement par projet d’entreprise et donc des fonds dédiés. En ce moment, entre Donald Trump aux Etats-Unis et le Brexit en Angleterre, la France s’affirme comme étant un pays d’accueil ouvert à l’égard des entrepreneurs étrangers ».

consultation numerique rond

 

 

LA FRENCH TECH c’est l’alpha et l’omega ?

Non ! les initiatives de l’état ne se limitent pas que à la French Tech. Voici une liste non exhaustive des solutions proposées pour les créateurs de sociétés innovantes : Crédit d’impôt recherche,  crédit d’impôt sur le statut de jeune entreprise innovante, crédit d’impôt innovation, Grande école du numérique, corporate venture pour l’amortissement fiscal des grands groupes qui investissent, actions gratuites, Compte PME innovation…

Le nombre de dispositifs mises en place pour favoriser l’entreprenariat en France est impressionnant ! Il reste aux créateurs de sociétés de faire le choix dans ce maquis de contrats et offres qui peuvent parfois se « téléscoper ». Les infrastrucures sont également mise à niveau afin de faciliter l’implantation des sociétés : la France sera le pays le mieux connecté d’ici 5 ans si les objectis fixés par l’Etat sont atteints.

 

Et maintenant on fait quoi?

Il reste encore 3 chantiers majeurs à venir pour la FRENCH TECH, le prochain de ces défis est la « French Tech Diversité ». Le programme French Tech Diversité vise à promouvoir la diversité sociale dans l'écosystème startups français, en détectant, accompagnant et soutenant les meilleurs projets de startups portés en particulier par des entrepreneurs des quartiers de la politique de la ville, par des étudiants boursiers, etc.

 

La première promotion compte 35 startups qui sont sélectionnées pour rejoindre le programme à partir de juin 2017, pendant 1 an. Il y a des financements dédiés dans le cadre du programme des investissements d’avenir car ils ont besoin d’aide, parce qu’ils sont sous représentés en France aujourd’hui.

 

La stratégie nationale sur l’intelligence artificielle (IA) sera lancée dans les prochains mois, en agrégeant tous les écosystèmes IA. Le domaine de l’inteligence artificielle est incontournable dans le contexte de  l’international, c’est le sujet phare qui occupe l’ensemble des analystes du secteur du numérique.

 

Dernier chantier qui est stratégique : l’accompagnement dans la transformation numérique des PME francaises. En France 20% des entreprises sont innovantes actuellement. C’est un enjeu pour que tout le pays devienne un pays innovant avec un objectif à 80% d’entreprises innaovantes. Ce qui fait la différence aujourd’hui dans la mondialisation économique, c’est toutes les entreprises qui vont nous faire prendre un temps d’avance."

 

 

mariane RF

 

L’objectif est il atteint ? Peut on mieux faire ?

 

L’idée initiale lors du lancement de la French tech était de cristalliser des écosystèmes, en mettant des universités, des entreprises, des start-up et des PME en réseau. Le label French Tech visait à faire émerger des clusters de taille critique et permettre un développement international. Lorsque Fleur Pellerin était secrétaire d’Etat au numérique, le premier objectif était de labelliser 20 villes : 9 métropoles ont été labellisées en novembre 2014, 4 autres en juin 2015, ainsi que 4 "écosystèmes thématiques".

La labellisation des métropoles a permis de les renforcer et de leur donner une visibilité. C’est le succès incontestable de la labellisation « FRENCH TECH » des métropoles : mobiliser et féderer les écosystémes numériques sur l’ensemble du territoire français.

Concerant le rayonnement à l’international, le label a également permis de gagner en visibilité pour la marque France, pour la technologie et l’esprit créatif des ingénieurs Français, cela a fait un électrochoc mais le processus reste long car la concurrence internationale est rude. Même dans la presse américaine,  le Washington Post et d'autres se sont mis à parler positivement de ce qui se passe chez nous.

 

Le financement des jeunes sociétés reste la pierre angulaire de leur croissance or la FRENCH TECH a délégué cette étape importante à la BPI ( Banque publique d’investissement). Les bourses French tech sont attribuées à un nombre très limité de start-ups. Les sociétés ont donc recours à des business Angels, des banques du secteur privé ou des fonds d’investissement. Dans ce domaine il reste à renforcer le soutient aux start-ups. Il ne faut pas confondre l’action de la French Tech qui est « un outil de rayonnement » et celle de  BPI France qui est là pour financer avec des critères financiers. L’écosystème français s’est bien structuré et dynamisé, la phase d'amorçage est assurée en France mais c’est après que cela se gâte. Il n'y a pas assez de business angels capables d'aider le développement rapide des startups. La France ne représente que 13% du montant total des fonds de capital-risque levés en Europe, contre 33% pour le Royaume-Uni. Certaines sociétés françaises arrivent à sortir du peloton comme les Français d'Algolia qui lèvent 53 millions de dollars en juin 2017. Cette start-up qui développe un moteur dédié à effectuer des recherches au sein d'une application, d'un site Internet ou d'un service dédié d'une entreprise. Depuis sa création en 2012, elle double de taille chaque année.

Afin de limiter les problèmes de financement, des observateurs pensent qu’il faut concentrer les capitaux et ne pas diluer les fonds et l’energie sur un trop grand nombre de sites et de start-ups. Cette position permet de renforcer des grands pôles mais ne permet pas de répartir les clusters sur l’ensemble du territoire français.

coqFT-LRT 

 

Et le Grand Est dans cette initiative ? Lorntech et le sillon Lorrain sont-ils dans la course?

 

 

Le sillon lorrain a obtenu le label French Tech avec ses 4 sites TOTEM : Pôle Numérique de Thionville, TCRM-Blida à Metz, Le Paddock de Nancy et le centre d’affaires d’Epinal. Depuis l’obtention du label en juin 2015, les bâtiments se sont garnis et ont été agrandis afin d’accueillir les nombreuses jeunes sociétés candidates.

 

En parrallèle des batiments labélisés, les chambres de commerce ont mis en place des incubateurs pour accompagner des startups. On trouve ainsi dans les locaux de Synergie Metz des sociétés remarquables avec un potentiel de croissance important. Pour exemple la société VIVOKA qui est en train de boucler un financement de 1 million d’euros pour commercialiser son produit phare « Zac » : une box domotique avec un hologramme de raton laveur vous permettant de contrôler votre maison à la voix, d'améliorer votre sécurité et de faire des économies d'énergie. Le CEO de la soiciété VIVOKA William Simonin a su utiliser les outils dédiés aux  start-ups : « La BPI était un partenaire indispensable pour financer la conception et la phase d’industrialisation de notre boitier domotique. En décembre 2015 nous avons lancé une campagne de crowfunding sur le site kickstarter afin de compléter nos fonds et developper notre produit. Deux business Angels se sont également joints à nous et nous font profiter de leurs expériences.». D’autres sociétés basées dans le grand Est ont également décroché de investissments supérieurs à 1 million d’euros : Divacore qui commercialise des produits Audio Hifi sans-fil avec un design 100% français.

 

Malgrès ces succès locaux on ne retrouve aucune société basée dans le grand Est qui n’a bénéficié du fond d’investissement de 200 Millions dédié à la French TECH. Les bénéficiaires des French Tech Pass, de bourses French Techet de French Tech Tickets dans les metropôles de Lorntech sont également inexistants. Il reste à espèrer que le fonds French Tech accélération ne sera pas cantonné dans les grandes métropoles avec des sociétés telles que Usine IO à Paris ouAxeleo àLyon. Les sollicitations sont toujours ouvertes alors rien n’empêche de démarcher le fonds d’investissement : FRENCHTECH@BPIFRANCE.FR.

 

Le conseil économique et social de la région grand Est a souligné dans son rapport l’importance du numérique pour notre région. La note d’orientation pour le schéma de Développement Économique, d’Innovation et d’Internationalisation de septembre 2016 montre que la couverture numérique hétérogène sur l’ensemble du territoire freine à ce jour une politique de généralisation du numérique. « L’alphabétisation numérique » reste un enjeu important pour la region Grand Est. Ce virage du numérique ne doit pas être manqué pour notre territoire au risque de nous retrouver dans le mur.