Lors de la seconde vague de labellisation le jeudi 25 Juin 2015 la secrétaire d'état au numérique, Axelle Lemaire, a attribuéle label « Métropole French Tech » au sillon Lorrain (Thionville, Metz, Nancy, Epinal). Cette vague comprend un nombre restreint de lauréats et clôture pour une période de 3 ans le dispositif d’identification et de labellisation des écosystèmes de startups dynamiques et matures à travers la France. En novembre 2014, lors de la première vague de labellisation, 9 écosystèmes avaient été concernés : Lille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Aix-Marseille, Grenoble, Nantes, Rennes, Montpellier.

En attribuant le label French Tech à des écosystèmes numériques, la ministre espère faire des jeunes entreprises innovantes des acteurs incontournables de l’économie française au même titre que les grands groupes. « Nous voulons valoriser les start-up. Jusqu’ici, ces jeunes entreprises à forte croissance n’entraient pas dans les catégories traditionnelles des interlocuteurs de l’administration. Or les entrepreneurs sont souvent trop petits ou trop seuls pour peser. Faire partie d’un écosystème facilite l’accès au financement, à la commande publique et privée, qui permettent de faire croître leur start-up. Or on sait que 68 % des emplois créés tous les ans le sont par 8 % seulement des entreprises. » 

L’objectif final reste tout de même l’international : faire venir les investisseurs, mais aussi les talents, afin que la production s’exporte mais que les entreprises restent en France !

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Peut-on dire que le label FRENCH TECH rempli son rôle ? Cette démarche sera-t-elle suffisante pour atteindre l’objectif visé et favoriser la croissance des startups françaises ?

 

La Banque Publique d'Investissement va dépenser  200 millions d’euros, dans le but de faire passer un message : « La France est une puissance technologique ! »  La question que l’on est en droit de se poser est : avez-vous déjà entendu parler d'un label « English Tech » ? « German Tech » ? « Luxemburg Tech » ? Non ? Ces pays sont pourtant des puissances technologiques exportatrices supérieures à la France. On peut exceller sur le plan technologique comme l’Allemagne ou être attractif comme le Luxembourg sans pour autant que l'État ne décerne un Label.  Est-ce le rôle d’un ministre d’être le « community manager » des start-up Françaises ? Le gouvernement français utilise donc de l'argent public pour créer et animer un label en voulant représenter toutes les start-up de l'Hexagone et d'Outre-Mer.

 

Communiquer aux autres pays que nos jeunes pousses technologiques sont les meilleures, peut être pris pour de l’arrogance par les investisseurs. Si nos start-up nécessitent un label pour être promues, il y a peut-être anguille sous roche : « A Luxembourg ou à Londres les investisseurs investissent, alors qu’à Paris, l'État décerne des récompenses aux start-up… »

Le label étatique « French Tech » démontre que les pouvoirs publics investissent dans la communication plutôt que dans des réformes pour faciliter et encourager l’entreprenariat. Des exemples tel que Xavier NIEL(Free) ou Frédéric Mazzella (BlaBlaCar) ne sont-ils pas un Label de réussite et d’excellence pour les startups Françaises à eux seuls ?

Le résultat est sans appel, la France perd deux places dans le classement DESI (Digital Economy & Society Index) de la Commission européenne et arrive ainsi à la 16e place cette année, derrière l'Espagne, l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

Résultat, la France se retrouve avec un indice DESI inférieur à la moyenne des 28 pays membres de l'Union Européenne cette année (0,51 contre 0,52). «La France a perdu sa position en termes de connectivité, de capital humain, et de services publics numériques», écrivent les rapporteurs de la DESI.

 

La France fait donc moins bien que la moyenne de l'UE en matière de connectivité, bien que 71% des ménages français disposent d'une offre de haut débit fixe, selon les données du DESI. En termes de capital humain, la France perd également deux places (passant de la 10e à la 12e place). C’est également le cas pour les services publics numériques.

 

La France gagne cependant 3 places en matière d'intégration des technologies numériques. Le champion du progrès numérique pour 2016 est le Danemark. Il est suivi par les Pays-Bas, la Suède et la Finlande qui occupent les trois premières places du classement. Arrivent ensuite la Belgique, le Royaume-Uni, l'Estonie et l'Irlande.

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La France est-elle toujours dans la course ?

 

La France progresse, mais trop lentement. Il ne faut pas céder à l’autosatisfaction. Si nous voulons rattraper le Japon, les États-Unis et la Corée du Sud, il nous faut agir avec des réformes en profondeur. Clamer que nous sommes des champions relève de la méthode Couet mais ne va pas nous faire gagner face à la concurrence internationale du numérique.

Günther Oettinger a révélé les faiblesses de le France et de l’Europe dans une étude  sur le «progrès numérique». L'Europe y révélait ses lacunes en matière d'«intégration des technologies digitales» et de «l'utilisation d'Internet». En 2015, la Commission européenne promettait aussi l'instauration d'un «marché unique du numérique» afin de rendre les entreprises européennes plus compétitives. La volonté politique sera l’essence de cette évolution, les solutions sont connues mais il faut le courage politique pour enclencher cette mutation de l’économie et de la société au sens large. Le «capital humain» dont les acteurs économique ont besoin existe, il reste maintenant à le valoriser. 

 

Olivier Spiegel, ingénieur des Arts et Métiers.

Mail : Olivier.spiegel@gmail.com
Twitter : @ospiegel57

Article publié dans la revue C'EST DEMAIN Avril 2016